Des maisons inachevées, des familles confrontées à l’incertitude et des procédures judiciaires qui se poursuivent plusieurs années après la liquidation. Autrefois présenté comme l’un des acteurs majeurs français de la maison individuelle, l’écosystème Groupe Avenir a connu un spectaculaire retournement de situation. Au cœur du dossier : la SFMI, Société Française de Maisons Individuelles, placée en liquidation judiciaire immédiate en novembre 2022, un vaste réseau d’enseignes et de sociétés, ainsi que le nom de Derviş Teber, historiquement associé au développement du groupe. Que s’est-il réellement passé ?

Pour certaines familles, le rêve d’une maison s’est arrêté en plein chantier

À la fin de l’année 2022, certains clients attendaient encore l’achèvement de leur maison.

Mais le 29 novembre, une décision du tribunal de commerce de Romans vient brutalement bouleverser la situation : la Société Française de Maisons Individuelles (SFMI) est placée en liquidation judiciaire immédiate.

Quelques jours plus tard, la presse locale décrit les premières conséquences concrètes.

Le 6 décembre 2022, Le Dauphiné Libéré rapporte l’arrêt de l’activité de la SFMI et la fermeture de son siège de Valence.

Le lendemain, le quotidien s’intéresse notamment aux familles dont les chantiers se retrouvent bloqués après la liquidation.

Derrière une procédure judiciaire concernant une société se trouvent alors des situations très concrètes : des particuliers qui ont signé pour construire leur maison, des travaux qui ne sont pas terminés et, pour certains clients, la nécessité de se tourner vers les mécanismes de garantie et d’assurance afin de tenter de faire poursuivre leur projet.

Un chantier Maison Vestale situé à Saint-Just-d’Ardèche figure notamment parmi les cas évoqués dans la presse.

Selon les éléments recensés, le parcours du client avait commencé en avril 2021. Les travaux avaient débuté en juillet 2022.

Quelques mois plus tard, la liquidation intervient.

Le chantier se retrouve alors bloqué.

Les contestations existaient déjà avant la liquidation

Le malaise autour de Groupe Avenir et de la SFMI n’est pourtant pas apparu soudainement en novembre 2022.

Deux ans auparavant, le 25 octobre 2020, Le Dauphiné Libéré avait déjà consacré un article à une manifestation organisée à Annecy par un collectif se présentant sous le nom de :

« Collectif National des Victimes du Groupe Avenir – SFMI ».

Sur internet, différents témoignages et réclamations concernant des sociétés ou enseignes rattachées à cet environnement ont également été publiés au fil des années.

Retards de chantier, difficultés lors de la livraison, appels de fonds contestés ou encore litiges contractuels font partie des sujets régulièrement évoqués par des clients, associations ou internautes.

Ces témoignages doivent néanmoins être distingués des faits établis judiciairement.

Une publication sur un forum ou le témoignage d’un client ne constitue pas, à lui seul, une décision de justice.

Mais le dossier ne se limite pas à des témoignages en ligne.

Plusieurs différends concernant des sociétés appartenant ou ayant appartenu à cet environnement ont effectivement été portés devant les juridictions françaises.

29 novembre 2022 : la date qui fait basculer la SFMI

La décision déterminante intervient donc le 29 novembre 2022.

Le tribunal de commerce de Romans prononce la liquidation judiciaire immédiate de la SFMI.

Les données publiques indiquent que la date de cessation des paiements a été fixée au 25 novembre 2022.

La SELARL Berthelot, représentée par Maître Geoffroy Berthelot, est désignée pour intervenir dans le cadre de la liquidation.

La SFMI, immatriculée sous le numéro SIREN 350 805 396, avait son siège au 19 cours Alexandre-Borodine à Valence.

Les données disponibles pour 2022 situent alors son effectif dans une tranche comprise entre 100 et 199 salariés.

Mais la portée de cette liquidation dépasse largement le nom « SFMI ».

Selon Le Dauphiné Libéré, 37 enseignes étaient concernées.

Une donnée essentielle pour comprendre l’ampleur potentielle du dossier.

Derrière SFMI, des dizaines d’enseignes

Au fil des années, Groupe Avenir s’était développé à travers une organisation composée de nombreuses sociétés et marques commerciales.

Les registres publics permettent notamment d’identifier, selon les périodes et les liens juridiques concernés, des structures telles que AXXEA, FINANCIÈRE HEVIA, ADAG, AISH, ARIA, AIFB ou encore AGECOMI.

Les relations entre ces sociétés ne sont pas toutes identiques : il peut s’agir de liens de groupe, de fusions, de successions juridiques ou de sociétés apparaissant dans les mêmes chaînes contentieuses.

Du côté des enseignes, les sources publiques font notamment apparaître des noms connus du secteur de la maison individuelle :

Demeures Dromoises, Tradybel, Tradition Logis, Maisons Lenac, Maisons Tradiconfort, Les Maisons du Centurion, Maison CEVI, Maison Gautier, Maisons Côté Soleil, Voiron Constructions, Pavillons Création, Habitat Plus, Maisons Terre et Pierre, Maison Idéale, Tradi-Concept, Beaumont Construction, Esquiss ou encore Maisons Vestale.

Une multitude de noms commerciaux derrière lesquels les consommateurs ne percevaient pas nécessairement toute la complexité de l’organisation juridique.

Derviş Teber, un nom associé à l’histoire de Groupe Avenir

Dans cette histoire, un nom apparaît régulièrement : Derviş Teber.

Son nom est associé depuis plusieurs années au développement de Groupe Avenir et apparaît également dans l’environnement juridique et entrepreneurial étudié.

Les registres publics montrent notamment que la FINANCIÈRE HEVIA, immatriculée sous le numéro SIREN 840 431 852, a pour dirigeant Dervis/Devris Teber.

Autre élément important pour comprendre la structure : la personne morale historiquement enregistrée sous le nom GROUPE AVENIR apparaît aujourd’hui sous le nom AXXEA, sous le même numéro SIREN.

Il convient donc d’être précis lorsqu’on parle de « Groupe Avenir ».

Cette appellation peut désigner, selon les périodes, une personne morale déterminée mais également, dans un sens plus large, l’ensemble historique de sociétés et d’enseignes ayant gravité autour du groupe.

Quelques années plus tôt, Groupe Avenir affichait pourtant une croissance spectaculaire

Le contraste avec les années précédentes est saisissant.

En septembre 2016, Le Dauphiné Libéré annonçait trois nouvelles acquisitions et présentait Groupe Avenir comme devenu le troisième constructeur français de maisons individuelles.

À cette époque, l’histoire racontée était celle d’une entreprise en pleine expansion.

En octobre 2016, Bref Eco évoquait également le projet d’un nouveau siège.

Puis, en novembre 2017, le média économique indiquait que le groupe réalisait environ 1 500 maisons par an et le présentait comme le « premier promoteur indépendant ».

En quelques années, Groupe Avenir était donc passé du statut d’acteur régional en forte croissance à celui d’un ensemble présent à l’échelle nationale à travers de multiples acquisitions et enseignes.

C’est précisément ce qui rend la suite du dossier particulièrement frappante.

Comment un groupe présenté quelques années auparavant parmi les acteurs majeurs du secteur a-t-il pu voir l’une de ses principales sociétés opérationnelles finir en liquidation judiciaire ?

Des litiges qui remontent à plusieurs années

Les difficultés judiciaires documentées autour de certaines sociétés de cet environnement sont antérieures à la liquidation de la SFMI.

L’un des dossiers les plus significatifs concerne une procédure engagée par l’AAMOI contre Ambition Loire Ain Lyonnais et Ambition Isère Savoie.

Le 22 juin 2016, le tribunal de grande instance de Lyon examine différentes pratiques et clauses contractuelles.

Plusieurs pratiques sont alors qualifiées d’« illicites », tandis que de nombreuses clauses sont déclarées « non écrites ».

Le contentieux se poursuit ensuite devant les juridictions supérieures.

Des décisions rendues notamment en 2021 et 2022 montrent la poursuite de cette bataille judiciaire et le maintien d’une partie importante des constatations issues de ces procédures.

D’autres dossiers concernant la SFMI ou des sociétés auxquelles elle a succédé juridiquement portent sur des sujets tels que les pénalités de retard, les travaux non chiffrés, les soldes contractuels ou encore des demandes de paiement.

Il serait toutefois erroné d’en déduire que tous les chantiers du groupe ont connu les mêmes difficultés.

Chaque décision concerne un contrat, des clients et des circonstances particulières.

Ces procédures démontrent en revanche que certains différends entre clients et sociétés de cet environnement ont dépassé le stade de simples réclamations pour parvenir devant les tribunaux.

La liquidation n’a pas mis fin aux contentieux

La SFMI est placée en liquidation en novembre 2022.

Pour autant, son histoire judiciaire ne s’arrête pas à cette date.

Des décisions et dossiers accessibles en 2025, soit plus de deux ans après la liquidation, font encore apparaître la société.

Le 26 février 2025, dans une procédure enregistrée sous le numéro RG 22/01096 devant le tribunal judiciaire de Nantes, des créances liées à la liquidation de la SFMI sont notamment examinées.

Dans une autre affaire, datée du 28 mai 2025, un résumé officiel accessible fait apparaître une provision de 7 891,44 euros accordée à un client dans un dossier impliquant la SFMI.

Le 22 avril 2025, une autre procédure à Angers fait apparaître la SFMI comme venant aux droits d’AGECOMI.

D’autres dossiers sont également indexés à Grenoble, Paris, Rennes, Draguignan, Besançon ou Nantes entre 2024 et 2026.

Autrement dit, la disparition opérationnelle de la SFMI n’a pas fait disparaître les conséquences juridiques de contrats signés plusieurs années auparavant.

Que peut-on réellement affirmer concernant Derviş Teber ?

C’est ici qu’une distinction essentielle doit être faite.

Plusieurs affirmations concernant d’éventuelles condamnations pénales personnelles de Derviş Teber circulent sur des forums, des publications associatives ou d’autres espaces en ligne.

Mais les documents publics accessibles étudiés dans le cadre de cette enquête ne permettent pas de confirmer avec le même degré de certitude l’ensemble de ces affirmations.

Une ordonnance de référé rendue le 3 mars 2021 par le tribunal judiciaire de Valence reproduit notamment des affirmations publiées par la partie AAMOI concernant le casier judiciaire de Derviş Teber.

Mais cette ordonnance n’est pas, en elle-même, le jugement pénal établissant les condamnations évoquées.

Le litige portait sur une demande de retrait de publication formulée par Derviş Teber.

Le juge des référés n’a pas fait droit à ses demandes et l’a condamné à verser 5 000 euros au titre de l’article 700.

Cette décision ne permet donc pas, à elle seule, de présenter les accusations pénales circulant sur internet comme des faits définitivement établis.

De même, dans une décision de la chambre criminelle de la Cour de cassation datée du 12 avril 2016, Groupe Teber Avenir et Ambition Loire Ain Lyonnais apparaissent comme parties plaignantes dans une affaire de diffamation et d’injure publique.

Derviş Teber n’y apparaît pas comme une personne condamnée pénalement.

En l’état des documents accessibles, aucun élément ne permet donc d’affirmer que Derviş Teber aurait été condamné pour escroquerie dans le cadre des faits relatés ici.

Des questions qui restent posées

Les documents officiels permettent néanmoins d’établir une chronologie difficile à ignorer.

Il y a d’abord eu une période de croissance rapide.

Des acquisitions.

Des dizaines d’enseignes.

Un groupe présenté comme l’un des principaux acteurs français de la construction de maisons individuelles.

Puis apparaissent publiquement des clients mécontents, un collectif se présentant comme celui des victimes de Groupe Avenir-SFMI et différents contentieux judiciaires.

Enfin vient le 29 novembre 2022 :

la liquidation judiciaire immédiate de la SFMI.

Dans les jours qui suivent, la presse relate des chantiers bloqués et des familles confrontées aux conséquences de cette disparition.

Plusieurs années plus tard, certains dossiers judiciaires continuent encore d’apparaître dans les registres.

Dès lors, plusieurs questions demeurent.

Comment l’une des principales sociétés opérationnelles d’un groupe qui construisait encore environ 1 500 maisons par an quelques années auparavant en est-elle arrivée à la liquidation ?

À quel moment les difficultés financières sont-elles devenues suffisamment importantes pour mettre en danger la poursuite des chantiers ?

Quelles informations les clients disposant de projets en cours avaient-ils alors à leur disposition ?

Et surtout :

qui doit aujourd’hui répondre des conséquences subies par les familles dont le projet immobilier s’est retrouvé interrompu ?

Les documents publics disponibles ne permettent pas de répondre définitivement à chacune de ces questions.

Ils établissent toutefois une succession de faits :

une croissance rapide, un vaste réseau de sociétés et d’enseignes, des contestations de clients, des procédures judiciaires, puis la liquidation de la SFMI et des contentieux dont certains se poursuivent plusieurs années après.

Une histoire qui, pour certaines familles, ne se résume pas à la disparition d’une société.

Elle se traduit par quelque chose de beaucoup plus concret :

une maison qui devait être livrée et qui, un jour, a cessé d’avancer.