Publié le : 31/08/2026 - 00:07
Écouter - 02:15Après plusieurs mois de torpeur, les cours du sucre ont connu une flambée au mois d'août, 20 % en un mois, pour atteindre leur niveau le plus haut depuis mai 2025. Cette flambée s'explique par des nouvelles inquiétantes sur le front du climat, notamment en provenance de l'Inde, le deuxième producteur mondial.
En Inde, la mousson est moins pluvieuse que d'habitude. L'inquiétude est telle que le gouvernement indien a autorisé mi-août les sucreries du pays à importer jusqu'à un million de tonnes de sucre brut sans droit de douane, pour faire baisser les prix intérieurs qui ont atteint des niveaux records. « Le fait qu'un géant du sucre se prépare à importer potentiellement de tels volumes est un signal qui inquiète le marché », explique Timothé Masson, secrétaire général de l'Association mondiale des planteurs de betteraves et de canne à sucre.
Il y a aussi El Niño, la perturbation climatique qui met l'océan Pacifique en surchauffe. Son intensité s'annonce record cette année, ce qui laisse présager des dérèglements de la météo également plus forts dans des régions productrices de sucre, que ce soit en Inde, mais aussi en Thaïlande et en Australie. Au Brésil, El Niño pourrait provoquer plus de pluies, explique l'expert, et freiner la fin de la campagne.
Plusieurs zones de production européennes ont, de leur côté, subi des conditions climatiques extrêmes au printemps et cet été, avec des épisodes de canicules à répétition, rappelle l'Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS). Ce qui annonce là aussi une baisse de la production et donc des prix européens qui se tendent, même s'ils n'ont pas flambé comme les cours mondiaux.
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Du pétrole au sucre
Un autre facteur favorise la hausse des prix : les cours du pétrole, car quand le brut grimpe, les biocarburants ont le vent en poupe, et la transformation de betteraves, ou de canne, en sucre est moins rentable et a tendance à baisser.
Au Brésil, des arbitrages en faveur de l'éthanol ont déjà été observés quand les prix ont dépassé les 90 dollars le baril au mois d'août. Le pays devrait néanmoins rester sur des niveaux de production de sucre à peu près stables, soit environ 40 millions de tonnes, pour sa récolte qui finira en mars, selon le trader Sucden. Des chiffres qui restent à prendre avec des pincettes à ce stade de la récolte de canne.
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Manœuvre spéculative
La hausse des prix a également un lien direct avec les spéculateurs, selon Timothé Masson. Fin juillet, ils étaient vendeurs de plus de 6 millions de tonnes de sucre, ce qui a donné une impression d'abondance, même artificielle, alors qu'aujourd'hui, les fonds spéculatifs sont acheteurs de plus d'un million et demi de tonnes, ce qui, dans l'autre sens, renforce le sentiment de demande, et alimente la hausse des prix.
La difficulté du Brésil à fournir des statistiques participe à la fièvre du marché. Unica, la fédération brésilienne des industriels de la canne à sucre, du sucre, de l'éthanol et des bioénergies, a espacé la publication de ses données de broyage de canne à sucre, or cette information est cruciale pour le calcul des volumes disponibles à l'export, précise l'agence Bloomberg. Les marchés n'aiment pas l'incertitude, elle est source de stress et peut alimenter aussi la volatilité des prix.
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Par : Marie-Pierre Olphand