Publié le : 25/08/2026 - 01:29
Écouter - 01:35Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur le Canada, un acteur majeur des marchés qui figure parmi les premiers exportateurs de blé, d'avoine, de lentilles, de pois secs et de colza, mais qui s'inquiète pour son avenir.
Les changements climatiques affectent les grandes plaines agricoles du pays, en particulier la région des « prairies », à cheval sur les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Plus de 70 % du blé qui y est produit est exporté, plus de 67 % de l'avoine, et plus de 30 % de l'orge.
Dans ces régions, l'agriculture est essentiellement pluviale, et donc directement affectée par les sécheresses. Elles sont beaucoup plus fréquentes et intenses depuis 25 ans et s'étendent vers le nord et l'ouest. Les hivers sont plus courts et la saison de croissance des plantes s'est allongée de plus de trois semaines depuis les années 1950. « Les étés plus longs et plus chauds accentuent l'assèchement des sols et l'évapotranspiration », ajoute Patrick Mundler, professeur à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation à l'université Laval à Québec au Canada.
Rendre les sols plus résilients
En réponse à la menace climatique, les pratiques agricoles tentent de s'adapter. Quand c'est possible, des systèmes d'irrigation sont mis en place. Mais d'une part l'eau doit être partagée entre les provinces, et d'autre part elle vient pour partie de glaciers qui sont en train de fondre, donc la ressource elle-même est appelée à diminuer, explique Patrick Mundler. Il est sinon vivement conseillé aux agriculteurs de préserver l'humidité des sols et de limiter l'érosion : cela passe par la sélection de variétés résistantes à la sécheresse, la plantation de haies brise-vent qui permettent de conserver la neige plus longtemps là où elle est utile.
Autre possibilité, le changement de culture : des producteurs se tournent vers la luzerne par exemple, plus adaptée à des conditions arides et qui contribue à enrichir le sol en azote. Cela concerne en particulier ceux qui sont situés à proximité de ranchs d'engraissement de bovins. La capacité d'adaptation ou non, dont saura faire preuve le pays, aura un impact sur les niveaux de production à venir, et inévitablement sur les exportations mondiales.
Le Québec et l'Ontario, eldorado de demain ?
83 % des terres arables du pays se trouvent dans les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, mais un des scénarios prospectifs est d'étendre l'agriculture en Ontario et au Québec, dans la zone forestière de « la grande ceinture d'argile », région présentée comme un potentiel eldorado agricole, grâce au changement climatique précisément.
Les freins à l'exploitation de la région restent cependant nombreux. Ils sont aussi bien économiques que sociaux en raison de la présence de populations autochtones, ou encore environnementaux. La déforestation de cette zone – qui constitue une des réserves de carbone de la planète – serait difficilement compatible avec les impératifs de lutte contre le changement climatique. Patrick Mundler y voit là « un projet très discutable qui pose des questions de durabilité et d'éthique majeures ».
À lire aussiDroits de douane américains: le Canada riposte, Donald Trump clame «Ça suffit!»
NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Je m'abonneSuivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
Par : Marie-Pierre Olphand